
Quand Sophie, présidente du conseil syndical à Villeurbanne, m’a appelé l’an dernier, elle était perdue dans un océan de kWh cumac et de coefficients multiplicateurs. Sa copropriété de 58 lots pouvait toucher près de 80 000 € de primes, mais personne ne comprenait vraiment comment. Ce que je constate dans les dossiers que j’accompagne : la plupart des copropriétés laissent des dizaines de milliers d’euros sur la table, simplement par méconnaissance des mécanismes ou par erreur de timing.
Information importante
Ce contenu est fourni à titre informatif et ne remplace pas l’accompagnement d’un mandataire CEE agréé. Les montants et conditions mentionnés peuvent évoluer. Vérifiez les textes en vigueur avant tout engagement.
L’essentiel sur vos primes en 30 secondes
- CEE via BAR-TH-177 : formule 2100 × surface × coefficient (2 ou 3 selon travaux)
- MaPrimeRénov Copro : 30 à 45% des travaux, plafond 25 000 €/logement
- Cumul possible entre CEE et MaPrimeRénov
- Condition clé : gain énergétique minimum de 35%
- Piège n°1 : signer l’engagement CEE avant le vote AG = perte totale de la prime
Ce que vaut vraiment votre copropriété en primes énergie
Soyons clairs : le kWh cumac ne vous dit rien, et c’est normal. Personne ne paie son boulanger en kWh cumac. Ce qui vous intéresse, c’est combien vous allez réellement toucher en euros. Selon l’arrêté du 7 janvier 2026 sur BAR-TH-177, le montant forfaitaire est de 2100 kWh cumac par mètre carré de surface habitable, multiplié par un coefficient de 2 ou 3 selon les travaux réalisés.
Pour traduire ça en euros sonnants et trébuchants, il faut connaître le prix de rachat du marché. Au dernier trimestre 2025, ce prix tournait autour de 9 € le MWh cumac pour les CEE classiques. Attention, ce prix fluctue selon l’offre et la demande, et surtout selon l’opérateur avec lequel vous négociez. Un bon mandataire peut obtenir 15 à 20% de plus qu’un syndic qui négocie seul.
| Taille copropriété | Surface Shab estimée | kWh cumac (coef. 2) | Prime CEE estimée | MaPrimeRénov estimé |
|---|---|---|---|---|
| 30 lots | 2 000 m² | 8,4 MWh cumac | 18 000 – 25 000 € | 90 000 – 200 000 € |
| 50 lots | 3 500 m² | 14,7 MWh cumac | 32 000 – 45 000 € | 150 000 – 350 000 € |
| 100 lots | 7 000 m² | 29,4 MWh cumac | 65 000 – 90 000 € | 300 000 – 700 000 € |
Ces estimations partent d’une surface moyenne de 65 à 70 m² par logement et d’un prix de rachat entre 8 et 10 € le MWh cumac. Pour le coefficient 3, multipliez simplement la colonne CEE par 1,5. Attention, ce coefficient bonifié ne s’applique que si vous sortez complètement des énergies fossiles, par exemple en remplaçant votre chaudière fioul ou gaz collective par une pompe à chaleur.
Ce qui me frappe sur le terrain : beaucoup de syndics présentent des estimations gonflées en AG pour faire passer le projet, puis les copropriétaires déchantent au moment du versement. Je recommande toujours de prendre la fourchette basse pour le prévisionnel.
CEE, MaPrimeRénov, aides locales : le cumul gagnant
La bonne nouvelle, c’est que vous pouvez cumuler plusieurs dispositifs. La mauvaise, c’est que personne ne vous explique clairement comment. Commençons par poser les bases de chaque aide avant de voir comment les articuler.
Les CEE via la fiche BAR-TH-177 : le socle de votre financement
La fiche BAR-TH-177 est le document de référence pour les rénovations globales en copropriété. Elle fixe les règles du jeu : gain énergétique minimum de 35%, consommation après travaux inférieure à 331 kWhEP/m²/an, et travaux réalisés par des entreprises RGE pour chaque corps de métier.

Le montant dépend de votre surface habitable et du coefficient multiplicateur. Coefficient 2 si vous restez sur une énergie fossile pour le chauffage, coefficient 3 si vous passez intégralement aux énergies renouvelables ou à une PAC. Dans les copropriétés que j’accompagne, ce passage au coefficient 3 représente souvent un bonus de 15 000 à 30 000 € selon la taille de la résidence.
Cas concret : Résidence Les Tilleuls à Montreuil
J’ai accompagné cette copropriété de 72 lots construite en 1968 sur une rénovation globale avec remplacement de la chaudière fioul collective par une PAC. L’audit initial sous-estimait les déperditions thermiques, ce qui menaçait l’atteinte du seuil de 35%. Nous avons fait reprendre l’audit par un auditeur plus rigoureux, ce qui a décalé l’AG de 3 mois. Résultat : prime CEE finale de 47 000 € (coefficient 3) + 180 000 € de MaPrimeRénov Copro. Les 2 000 € investis dans un second audit ont sécurisé près de 50 000 € de CEE.
MaPrimeRénov Copro : 30 à 45% du montant des travaux
Selon le guide officiel France Rénov’, cette aide couvre 30% du montant des travaux si vous atteignez un gain énergétique de 35%, et 45% si vous atteignez 50% de gain. Le plafond est fixé à 25 000 € par logement, ce qui laisse une belle marge pour les projets ambitieux.
Des bonus s’ajoutent dans certaines situations. Si votre copropriété sort du statut de passoire thermique (passage de F ou G vers D minimum), vous bénéficiez d’un bonus de 10%. Si votre copropriété est considérée comme fragile (taux d’impayés supérieur à 8% ou situation en quartier NPNRU), le bonus grimpe à 20%.
Bonifications régionales et locales : le bonus souvent oublié
Ce que les copropriétés sous-estiment souvent : les aides régionales peuvent ajouter 5 à 15% au financement total. En Île-de-France, certaines collectivités proposent des compléments pour les copropriétés qui atteignent le niveau BBC rénovation. À Lyon Métropole, des aides spécifiques existent pour les résidences de plus de 50 lots.
Mon conseil : contactez systématiquement l’Espace France Rénov’ de votre territoire avant de finaliser votre plan de financement. Ces aides locales changent chaque année et ne sont jamais incluses dans les simulations standard des commerciaux CEE.
| Dispositif | Financeur | Montant | Conditions clés | Cumulable |
|---|---|---|---|---|
| CEE BAR-TH-177 | Obligés (énergéticiens) | 2100 × Shab × coef. | Gain ≥35%, conso ≤331 kWhEP/m²/an | Oui, avec MPR |
| MaPrimeRénov Copro | ANAH (État) | 30-45% + bonus | Gain ≥35%, AMO obligatoire | Oui, avec CEE |
| Aides régionales | Régions, métropoles | Variable (5-15%) | Critères locaux | Oui, sous conditions |
| Éco-PTZ collectif | Banques partenaires | Prêt 0% jusqu’à 50 000 € | Bouquet travaux | Oui |
Les 4 erreurs qui font perdre des milliers d’euros
Dans les dossiers que j’accompagne depuis plusieurs années, je vois les mêmes erreurs revenir. Certaines coûtent quelques centaines d’euros, d’autres anéantissent totalement le droit aux primes. Voici les plus fréquentes, par ordre de gravité.
L’erreur qui coûte le plus cher aux copropriétés
Signer un engagement CEE avec un opérateur AVANT le vote en assemblée générale invalide définitivement votre droit à la prime. J’ai vu un syndic perdre 28 000 € de primes parce qu’un commercial avait fait signer le formulaire d’engagement « pour gagner du temps » trois semaines avant l’AG. Cette erreur, que je rencontre régulièrement, fait perdre entre 15 000 € et 50 000 € selon la taille de la copropriété.
La deuxième erreur classique concerne l’audit énergétique. Un audit bâclé ou réalisé par un prestataire peu rigoureux peut sous-estimer ou surestimer les gains. Si le gain réel après travaux est inférieur à 35%, vous perdez les deux primes : CEE et MaPrimeRénov. Comme le précise le référentiel de contrôle BAR-TH-177, un écart de plus de 10% sur les surfaces constitue un motif de non-conformité.
Troisième piège : choisir des entreprises non RGE pour certains lots. La qualification RGE doit couvrir chaque catégorie de travaux réalisés. J’ai accompagné une copropriété à Nantes où le menuisier qui posait les fenêtres n’était pas RGE pour ce type de travaux. Résultat : 8 000 € de prime en moins et un contentieux avec le syndic.
Enfin, attention au timing du contrôle obligatoire. Depuis novembre 2024, un contrôle par organisme tiers est obligatoire en deux phases : une vérification de l’audit avant travaux, puis une inspection après réception du chantier. Si vous oubliez de planifier ce contrôle, le dossier reste bloqué et le versement peut être retardé de plusieurs mois.
Du vote AG au versement : chronologie réaliste
Sur le papier, les délais annoncés par les opérateurs CEE semblent raisonnables. Mais soyons réalistes : dans les projets que je suis, le délai entre le premier contact et l’encaissement des primes dépasse systématiquement 18 mois. Voici une timeline basée sur mes observations terrain, pas sur les brochures commerciales.
Phase 1 : préparer et voter en AG (J-90 à J+0)
Cette phase démarre bien avant l’AG décisive. Comptez 2 à 3 mois pour réaliser l’audit énergétique, obtenir les devis des entreprises RGE, et comparer les offres des opérateurs CEE. Le dispositif décrit sur Service-Public impose également de faire appel à une Assistance à Maîtrise d’Ouvrage (AMO), financée à 50% dans la limite de 600 € par logement pour les copropriétés de plus de 20 lots.
Le jour J, c’est le vote en AG. La résolution doit être adoptée à la majorité de l’article 25, voire à la majorité absolue selon les travaux. Prévoyez de présenter un plan de financement complet avec le reste à charge par lot. C’est souvent ce document qui fait basculer les copropriétaires indécis.
Phase 2 : travaux et contrôles obligatoires (J+0 à J+365)
Une fois le vote acquis, vous avez 15 jours pour signer l’engagement CEE avec l’opérateur choisi. Pas avant, jamais avant. Ensuite, le chantier peut démarrer. Selon l’ampleur des travaux (isolation façade, changement chauffage, menuiseries), comptez 6 à 12 mois de travaux.
La fin de chantier déclenche le contrôle par l’organisme tiers. Ce contrôle vérifie la conformité des travaux par rapport à l’audit initial. En pratique, prévoyez 30 jours entre la réception des travaux et la date effective du contrôle. Si des non-conformités sont détectées, le délai peut s’allonger de plusieurs semaines.
Les efforts de rénovation énergétique des copropriétés s’inscrivent dans une démarche plus large de pratiques de réhabilitation écologique qui contribuent à restaurer la performance des bâtiments vieillissants.

Phase 3 : versement des primes (J+30 à J+120 après contrôle)
Une fois le contrôle validé, l’opérateur CEE dispose d’un délai contractuel pour verser la prime. En général, comptez 60 à 90 jours. Pour MaPrimeRénov Copro, le délai est similaire une fois le dossier complet transmis à l’ANAH. Dans les dossiers que j’accompagne, le versement effectif intervient rarement avant 3 mois après la fin des travaux.
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Lancement audit énergétique et consultation entreprises RGE -
Vote AG autorisant travaux et mandat signature CEE -
Signature engagement CEE avec opérateur choisi -
Démarrage effectif du chantier -
Réception des travaux selon ampleur chantier -
Contrôle organisme tiers indépendant -
Versement prime CEE sur compte syndic
Ces délais sont des moyennes observées sur mes dossiers en Île-de-France et grandes métropoles. Chaque projet peut varier selon la disponibilité des entreprises, la complexité du chantier et la réactivité de l’opérateur CEE.
Vos questions sur les primes en copropriété
Voici les questions que me posent le plus souvent les membres de conseil syndical et les syndics. Les réponses sont basées sur la réglementation 2026 et mes observations terrain.
Peut-on cumuler CEE et MaPrimeRénov en copropriété ?
Oui, le cumul est possible et c’est même la stratégie standard. Les CEE (via la fiche BAR-TH-177) proviennent des obligés énergétiques, tandis que MaPrimeRénov Copro est financée par l’ANAH. Ces deux dispositifs s’additionnent, à condition de respecter les conditions d’éligibilité de chacun (gain énergétique minimum de 35% notamment).
Qui touche la prime : le syndic ou les copropriétaires ?
La prime est versée au syndicat des copropriétaires, c’est-à-dire sur le compte de la copropriété géré par le syndic. Elle est ensuite répartie entre les copropriétaires selon leurs tantièmes, généralement sous forme de déduction sur les appels de fonds travaux. Le syndic ne peut pas conserver cette somme pour lui-même.
Que se passe-t-il si le gain énergétique est inférieur à 35% ?
C’est le scénario catastrophe. Si le contrôle post-travaux révèle un gain inférieur à 35%, vous perdez la prime CEE et potentiellement MaPrimeRénov Copro. C’est pourquoi l’audit initial doit être réalisé avec rigueur, en prévoyant une marge de sécurité. Je recommande de viser 40% de gain dans les simulations pour absorber les aléas de chantier.
Faut-il payer l’audit énergétique avant d’avoir les aides ?
Oui, l’audit doit être réalisé et payé avant le vote en AG. Comptez entre 3 000 € et 8 000 € selon la taille de la copropriété. Cette dépense est partiellement remboursée via l’AMO (Assistance à Maîtrise d’Ouvrage) financée à 50% par MaPrimeRénov Copro. C’est un investissement nécessaire pour sécuriser des dizaines de milliers d’euros de primes.
Comment choisir entre obligé CEE et mandataire indépendant ?
Je recommande toujours de passer par un mandataire indépendant plutôt que directement avec un obligé. Le mandataire met en concurrence plusieurs obligés pour obtenir le meilleur prix de rachat du kWh cumac. Il vous accompagne aussi sur la constitution du dossier. Un bon mandataire peut augmenter votre prime de 15 à 25% par rapport à une négociation directe.
Pour approfondir les mécanismes de financement public applicables à ce type de projet, consultez notre guide sur les financements publics pour investisseurs qui détaille les différentes sources d’aide disponibles.
La prochaine étape pour vous
Avant de présenter quoi que ce soit à votre prochaine AG, prenez le temps de sécuriser deux éléments essentiels. Le premier : un audit énergétique réalisé par un professionnel qualifié qui vise 40% de gain, pas juste 35%. Le second : une comparaison écrite d’au moins trois offres d’opérateurs CEE, en demandant le prix de rachat du kWh cumac et pas seulement un montant global.
Checklist avant votre prochaine AG
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Commander un audit énergétique visant 40% de gain minimum -
Comparer au moins 3 offres d’opérateurs CEE avec prix kWh cumac -
Vérifier la qualification RGE de chaque entreprise pour son lot -
Contacter l’Espace France Rénov’ local pour les aides régionales -
NE RIEN SIGNER avec un opérateur CEE avant le vote AG
Précisions sur les montants et conditions 2026
- Les montants de CEE varient selon le prix de rachat du marché au moment de la signature avec l’opérateur
- Les coefficients multiplicateurs (2 ou 3) dépendent du type de travaux réellement réalisés
- Chaque copropriété a des caractéristiques uniques impactant le gain énergétique calculé
Risques explicites : perte totale de prime si engagement signé avant vote AG, rejet dossier si audit non conforme, non-versement si gain final inférieur à 35%. Consultez un mandataire CEE agréé ou un conseiller France Rénov’ avant tout engagement.